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Editorial

N°99 - Hiver 2010-2011

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Marcel Lapierre
En plein mois d’octobre, Marcel Lapierre a quitté les vignes de Villié-Morgon pour rejoindre définitivement la terre du Beaujolais.
Je me souviens du premier vin de Marcel goûté dans la cave, le 1984, qui n’a pas changé ma vision du seul beaujolais, mais bien celle du vin,
Je me souviens d’un matin d’octobre où, sages comme des enfants, nous dégustions le vin nouveau dans la cour de Jules Chauvet,
Je me souviens des fûts du vin primeur de Marcel, alignés dehors sous les chênes, un vin si pur, si lumineux et si joyeux,
Je me souviens de dégustations parisiennes, pleines de vin et d’amitié, qui exigeaient pas moins de deux jours et quasiment deux nuits.
Nous n’étions pas nombreux, il y a quelque 25 ans, à suivre la démarche d’un pionnier comme Marcel, dans les pas de Jules Chauvet, pour retrouver une authenticité, une pureté et une buvabilité accordées à la vraie nature du vin mais aussi – et c’est là sa principale leçon – à la vraie soif des humains. Une voie que l’on a trop souvent réduite au "vin sans soufre", alors que le non-sulfitage n’était qu’un moment – certes important – d’une démarche plus longue, plus complexe et plus globale. Vis-à-vis des proches du Beaujolais – les Jean Foillard, Jean-Claude Chanudet, Jean-Paul Thévenet, Guy Breton, Yvon Métras, Georges Descombes, Philippe et Christophe Pacalet, notamment – puis d’autres plus lointains géographiquement ou plus jeunes dans le métier, à commencer par ceux de l’Association des Vins Naturels, il a joué un rôle premier, grandissant et finalement décisif que plus personne ne peut sérieusement contester. Il y eut – et il y a encore – des critiques ironiques ou négatives, alors que dans un contexte d’indifférence hostile, il y avait plutôt besoin de compréhension vigilante et de critiques positives pour avancer. Ceux qui ne voyaient pas ce qui était en marche étaient souvent ceux qui faisaient tout pour freiner l’élan… Mais ça a avancé vaille que vaille – et ça continue à avancer – avec détermination, d’essais en analyses au microscope, de tâtonnements en autocritiques, de doutes en réussites, dégustations après dégustations (filtré/sulfité, non-filtré/sulfité, filtré/non-sulfité, non-filtré/non-sulfité…), millésimes après millésimes. Le tout arrosé de nombreux et savoureux canons – pas tous, évidemment, il n’y a rien de honteux à le reconnaître – qui ont réjoui les cœurs et illuminé les cerveaux sans jamais les entamer. Car c’était bien là LA question. La preuve, ils font à tout jamais partie de nos souvenirs les plus heureux.
Le contexte a fini par changer. Il faut désormais veiller à ce que certains opportunistes ne viennent pas dénaturer la démarche poursuivie avec obstination par Marcel pendant quelque 30 années et s’approprier une image de droiture pour mettre au goût du jour leurs produits industriels, et donc dresser un obstacle d’un nouveau genre aux démarches authentiques. Et il faudra veiller à ce que les contempteurs d’hier et faux admirateurs d’aujourd’hui ne viennent pas arranger l’Histoire à leur avantage. Il n’était et ne voulait être le "pape" de rien, si ce n’est de lui-même et de ses vignes. La vérité vraie, toute simple, c’est que Marcel était un grand : un grand vigneron, modeste et audacieux, à la fois fidèle à son père et à son grand-père et rebelle aux traditions non réfléchies, un grand bonhomme, dont il va bien falloir mesurer toute la véritable importance. Cette vigilance, nous la devons à ceux qui vont continuer le travail de Marcel, en tout premier lieu à Marie, à Mathieu, à Anne et à Camille. Cette vigilance, accompagnée de flacons appropriés, sera – peut-être – le seul rempart à notre tristesse.

François Morel
Webmestre le 04/01/11 | Envoyer envoyer   Impression impression | Lien Permanent