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Dégustations et salons > BORDEAUX PRIMEURS 2016

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Dégustation des Bordeaux 2016 en primeurs

Même si nous continuons à suivre régulièrement les campagnes de primeurs des vins de Bordeaux, nous ne faisions plus de compte-rendu de nos pérégrinations, le dernier datant d'une dizaine d'années. Nous laissions cet exercice à la presse spécialisée, à la presse généraliste ou aux blogs.

Mais le millésime 2016 semble digne d'intérêt et, bien que nos lecteurs soient parfois critiques envers Bordeaux, il nous a semblé utile, cette année, de faire connaître notre perception des primeurs de cette région.

Comme chaque année, le voyage a débuté par de nombreuses dégustations sur la rive gauche pendant deux jours, suivies d'un séjour en rive droite de la même durée, principalement axé sur Saint-Emilion, et Fronsac dans une moindre mesure. Au total, plus de 600 vins dégustés.
Et, exceptionnellement, le périple commença par une dégustation assez approfondie de Bordeaux supérieurs.
Par ailleurs, nous avons pu compléter notre panorama lors de manifestations parisiennes organisées autour des Bordeaux primeurs. Nous avons donc pu ainsi goûter diverses productions à plusieurs reprises, dans ce cas sur la base d'échantillons prélevés à des dates différentes, éventuellement sur des lots de barriques différentes.
Toutes ces impressions devront bien sûr être confirmées - ou infirmées - à l'issue de l'élevage et de la mise en bouteille, laquelle n'interviendra pas avant deux à trois ans.

Le millésime 2016 en bref

Comme souvent à Bordeaux, le dernier millésime est considéré comme le millésime de la décennie quand les conditions météo sont favorables, ce qui est le cas en 2016 (et en 2015).
L'hiver et le printemps furent particulièrement pluvieux, favorables au rechargement des nappes phréatiques sur des sols drainés et travaillés, mais, contrecoup de la pluviosité, avec une forte pression des maladies.
Heureusement, une fenêtre de beau temps est advenue début juin, permettant une floraison regroupée et plutôt homogène.
En bref, 62% de pluie en plus et 18% de soleil en moins par rapport à la moyenne pendant les six premiers mois de l'année. Juillet et août furent ensuite marqués par des journées ensoleillées et chaudes avec des températures nocturnes dans la moyenne basse, cette amplitude thermique entre le jour et la nuit étant favorable à la couleur et à fraîcheur aromatique du raisin en évitant des effets de surmaturité trop marqués. Cependant, certaines parcelles sur sols secs ou aux vignes peu enracinées furent sujettes à des stress hydriques importants, entraînant des arrêts végétatifs, bloquant la maturité des raisins. La véraison a pu être compliquée en raison du stress hydrique, elle fut relativement rapide en Médoc, plus laborieuse dans le Libournais. Le début du mois de septembre a vu se prolonger la chaleur du mois d'août, et il a fallu attendre le retour des pluies à la mi-septembre pour redonner vie à certaines vignes stressées. La fin du mois de septembre s'est déroulée dans des conditions climatiques très clémentes qui se sont prolongées jusqu'à la fin des vendanges parfois tardives jusqu'à la mi, voire la fin octobre pour certains raisins rouges.
Sur les mois de juillet, août, septembre et octobre, 64% de pluie en moins et 16% de soleil en plus qu'en moyenne.
Bref, maturité et fraîcheur peuvent résumer ce millésime plutôt généreux par rapport à 2015 (récolte supérieure de 9 %).

Les vins que nous avons distingués

Bordeaux Supérieurs (rouges), nos préférences parmi plus d'une centaine de vins dégustés, par ordre de dégustation :

Cuvée Balthus du Château de Reignac, un vrai savoir-faire ; Château Bourdicotte La Cabane des Amoureux, de la finesse ; Château Côtes de Monleau du Château Montlau, marqué par une réduction fugitive mais salin et bien fait ; Château La Croix de Queynac, sapide et élégant ; Château Fleur Haut Gaussens Malbec La Viminière, rustique mais persistant ; Château Grand Français, frais et protégé par un gaz bienvenu ; Château Le Grand Verdus "Génération", avec de l'élégance ; Château Haut Nadeau "Réserve du Propriétaire", plutôt suave et harmonieux ; Château Jean Faux "Les Sources", suave et salin ; Château Lacombe Cadiot, mûr, plein et frais ; Château Laronde Desormes, mûr mais un peu amer ; Château Le Pin Beausoleil, une belle matière un peu extraite ; Château Lescalle, mûr et plein ; Château L'Insoumise "Cuvée Prestige", une belle matière profonde marquée par l'élevage ; Château L'Isle Fort, un "incontournable" bien réalisé ; Château de Monrecueil, au fruité frais mais légèrement amer ; Château Montlau, sur la souplesse ; Château Mousseyron cuvée Joris, frais, tendu et précis ; Château Moutte Blanc plutôt fin et facile, assez plein ; Château Pénin Grande Sélection, long et salin ; Château Saincrit cuvées Fougue très équilibrée et Utopie, échantillon un peu oxydé mais belle matière.
Goûté également dans d'autres conditions : Grand Vin de Reignac Bordeaux Supérieur, de la maturité mais un côté démonstratif.


Dégustations en rive gauche (donc hors premiers crus classés, "super" seconds et certains crus classés de Pessac-Léognan spéculatifs), nos préférences par appellation pour les vins présentés dans les différentes dégustations auxquelles nous avons participé :

Listrac : Château Clarke assez facile, à tendance luxueuse cette année mais un autre échantillon s'est moins bien dégusté ailleurs ; Château Fourcas Dupré élégant et tendu moins fermé que Fourcas Hosten à ce stade ; Château Lestage mûr rond et suave ; et, en Bordeaux Blanc, Le Cygne du Château Fonréaud un beau, voire très beau, vin blanc basé sur un sauvignon mûr et élégant, sans thiols apparents.

Moulis : Château Maucaillou épicé et mentholé (un changement de style ?) ; Château Poujeaux frais et tendu avec ici aussi de la menthe ; Château Biston-Brillette style classique, élégant, facile, bien élaboré dans un juste milieu entre puissance et élégance ; Château Haut Bellevue matière première fraîche, un bel équilibre ; Château Lestage Darquier frais, doté d'une grande buvabilité.

Haut-Médoc : Château Belgrave fumé, épicé, frais ; Château Cantemerle, suave, poivré, fin ; Château La Lagune, assez concentré, puissant, un échantillon un peu rugueux à ce jour ; Château de Lamarque, belle surprise avec maturité des raisins ; Château Devise d'Ardilley frais, fin avec une belle prise de bois ; Domaine Andron bel équilibre sur la finesse ; Château Saint Ahon un peu technologique mais semble bien construit ; Château Belle-Vue  sérieux et mûr ; Château de Gironville mûr et plein avec une aromatique sur la fève de cacao ; Château Bernadotte fruité, plein et mûr ; Château Les Gravilles Cuvée Renaissance frais, épicé, salin.

Médoc : Château la Chandellière mûr et épicé sans excès ; Château Les Ormes Sorbet facile et bien fait ; Château La Branne frais et facile ; Château Noaillac équilibré et franc ; Château Roquegrave rond, facile, bonne buvabilité ; Château Saïkouk fruit frais, sapide ; Château Tour Castillon un peu grumeleux, du potentiel, tannique ; Château Cissac plein, frais et persistant.

Margaux : Château Brane-Cantenac frais et tendu ; Château Cantenac Brown plein, tendu et salin, de garde ; Château Dauzac mûr et épicé ; Château Kirwan puissant, mûr mais un peu amer ; Château Malescot Saint-Exupéry frais et élégant ; Château Prieuré-Lichine serré, cacaoté et long ; Château Rauzan-Ségla complet, à la fois frais, long et mûr ; Château Mille Roses frais, élégant et fruité, se goûtait mieux ce jour que le Haut-Médoc du même domaine ; Château Marojallia serré mais sapide ; Château Grand Tayac ambitieux, un peu serré et extrait ; Château La Galiane mûr et plein ; Le Margaux du Château Malleret mentholé, fumé, frais mais avec une petite touche végétale ; Château La Gurgue tendu, fin, délié, très bon rapport Q/P ; Château Dufort-Vivens puissant, grillé (marc de café) mais frais.

Saint-Julien : Château Beychevelle élégant et élancé avec cependant une pointe végétale transitoire (?) en finale ; Château Gruaud Larose élégant, mûr et serré ; Château Léoville Poyeferré tanique, ferme, très construit ; Château Talbot mentholé, floral, souple et très aromatique, très réussi cette année (3 échantillons dégustés à des dates et lieux différents) ; Clos du Marquis mûr et très plein avec des arômes fumés, mais une légère sensation de sur-extraction avec des touches de fruits cuits.

Pauillac : Château Grand-Puy-Lacoste épicé et fin avec des cabernets sauvignons semblant bien mûrs ; Château Lynch-Bages puissant et détendu ; Château Pichon Baron serré, marqué par le cabernet sauvignon, avec des notes de café, mais un fruité en retrait à ce jour ; Château Longueville Comtesse de Lalande fin, épicé, avec une belle allonge ; Château Haut de la Bécade joli milieu de bouche avec une finale serrée ; Château Rose Pauillac assez bien fait ; Château Tour Sieujean frais et plein ; Domaine Les Sadons frais, épicé, très salin, toute petite production ; Château Bellevue-Cardon (0,70 ha) plein, concentré avec des tanins gras et enrobés ; Château Bellegrave serré, mûr mais amer ; Château Fonbadet enrobé, plein, poivré et long.

Saint-Estèphe : Château Lafon-Rochet frais et presque salin ; Château Phélan Ségur épicé et long ; Château Petit Bocq mûr et plein, avec de la longueur ; Château Haut-Coteau frais et facile ; Château Meyney élégant et mûr.

Pessac-Léognan rouges : Domaine de Chevalier tendu avec une finale sapide et réglissée ; Château Les Carmes Haut-Brion élégance, puissance, longueur et fruit pour cette propriété dont le renouveau et le succès se confirment chaque année ; Château Smith Haut Laffite une certaine classe et de la fermeté. Mentionnons également des évolutions intéressantes pour les Châteaux Bouscaut et Latour-Martillac.

Globalement, sur la rive gauche et en Graves de Bordeaux, une petite préférence aux vins à base de cabernet sauvignon, souvent associé à du petit verdot bienvenu cette année - outre le merlot habituel - et situés sur des sols gravelo-argileux, tels qu'on en trouve à Pauillac, Saint-Julien et sur les croupes situées en allant vers Margaux.

Pessac Léognan blancs : Château Brown fumé, végétal, avec une matière en demi-teinte, élégant ; Château Malartic Lagravière sur une aromatique d'agrumes, frais et tendu avec une matière intégrée ; Château Carbonnieux une valeur sûre d'un bon rapport Q/P ; Domaine de Chevalier plutôt élégant et fin cette année ; Château Haut-Bergey une valeur montante, construit et expressif ; Château Larrivet Haut-Brion tendu, frais, plein, presque minéral ; Château Olivier avec des raisins mûrs, une forme d'éclat (acidité présente) mais une finale amère à ce jour.

Sauternes (et Barsac) : Château Doisy-Védrines fin, assez discret avec une belle liqueur et une rétro sur oranges amères ; Château de Fargues au beau botrytis, tendu, long et salin en restant délicat ; Château d’Arche puissant en attaque (marmelade d’oranges), s’affine ensuite pour finir tendu/salin ; Château Lamothe-Guignard plein, frais et long ; Château de Myrat jolis agrumes, de la fraîcheur, assez long : Château Rabaud-Promis amer, puissant, tendu avec une finale étirée ; Château Rieussec fruits jaunes avec une finale sur l’amertume du quinquina ; Château Lafaurie-Peyraguey notes d’agrumes, de l’équilibre entre la sucrosité et l’acidité, élégant ; Château Suduiraut construit sur la puissance, le confit, de garde avec une pointe de mollesse en finale ; Château d’Yquem aérien et fin avec un botrytis intégré et une sensation de fraîcheur que les données d’analyse ne confirment pas, comme quoi!

Préférence a été donnée ici aux vins restant frais, avec un botrytis élégant malgré des acidités globalement basses.


Dégustations en rive droite, nos préférences à Saint-Emilion, les appellations satellites et Pomerol ayant été délaissées par manque de temps :

Saint-Emilion (hormis quelques premiers Grands Crus Classés manquants pour lesquels nous ne disposions pas du temps nécessaire pour aller déguster au Château), nos préférences à ce jour :

1er GCC, seconds vins et vins "associés"

Château Ausone racé, distingué et mûr, plus facile à déguster que le second vin La Chapelle d'Ausone ; Château La Clotte : assez serré, vivant, tendu marqué par les calcaires de son terroir ; Château Cheval Blanc très serré, minéral, presque pointu mais très long ; Le Petit Cheval avec des cabernets francs qui "pulsent", une belle intensité aromatique et une longue finale ; Château Trottevieille dense, intense, énergique et gourmand à la fois ; Château Beauséjour Héritiers Duffau-Lagarrosse salin, long, élégant, très marqué par le substrat calcaire ; Château Pavie Macquin construit, serré, sur la réserve ; Château Troplong Mondot matière extravertie mais prise de bois importante ; Clos Fourtet matière saline et élégante, belle et juste extraction, comme souvent.

GCC (et quelques GC)
Canon-La Gaffelière attaque détendue presque facile, finale plus construite ; Château Grand-Mayne large et plein avec de l'allonge en finale ; Château La Tour Figeac floral, élégant avec une légère pointe d'extraction ; Château Petit Faurie de Soutard du fruit (cassis), de la maturité, boisé perceptible ; Château Clos de Sarpe fruit mûr et profond, finit serré, concentré; Château Les Grandes Murailles plein, "centré", salin mais la finale est sévère ; Clos Saint-Martin pureté, notes de cacao, trame serrée ; Château Péby Faugères plein, mûr et fruité, légèrement surextrait ; Château Grand Corbin d'Espagne du fruit, de la plénitude, finale allongée ; Château La Fleur Morange de la plénitude, de l'allonge, serré (sol calcaire) et long, finit tendu ; Château La Serre structuré, un peu extrait, plein, finale sur le cacao ; Château Laniottte belle matière plutôt souple et tannins élégants ; Château Laroque beau jus croquant et plein, fruité et tension en fin de bouche ; Clos Saint-Julien (1,2 ha) du fruit, belle matière fine et tendue, élégant comme souvent.

Ici, les vins issus de raisins ayant bénéficié d'une bonne alimentation hydrique - calcaires du plateau principalement - et à la proportion non négligeable de cabernet franc ont plutôt attiré notre attention.

Fronsac et Canon Fronsac, principalement des vins issus de l'association Expression de Fronsac, nos préférences :
Château de la Dauphine encore très serré (écoulage tardif), malo tardive, sur le bois mais du potentiel ; Château La Rivière suave, rond, facile avec une pointe d’amertume mais assez long ; Château Fontenil belle matière ronde et suave, presque prêt, (trop) bel échantillon ; Château les Trois Croix tendu, concentré (fève de cacao), finit salé/salin ; Château Moulin Haut-Laroque plein, presque surmûr, profond, fumé, avec du bois en finale ; Château Moulin Pey-Labrie attaque discrète, fine, se développe en milieu de bouche sur des notes de fruits noirs et de cacao, finit long avec une touche de bois.

Y.T


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Dégustations et salons > à Paris, dimanche 18 juin

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