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07 octobre 2015 Rencontres > Portraits

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Pierre Benetière

R&B N°115 – Hiver 2014/2015


Marginal, Pierre Benetière l’est à double titre : par la modeste surface de son domaine (1,5 ha en Côte-Rôtie et 1,5 en Condrieu) mais surtout par ses pratiques “naturelles” dans des appellations qui en manquent souvent cruellement.

Pierre Benetière, le marginal de la Côte-Rôtie
Sans être véritablement sauvage, on ne peut pas dire pour autant que Pierre Benetière soit un vigneron qui recherche la notoriété. Il ne participe à aucun salon, ne présente jamais ses vins aux journalistes et sa production n’a de véritable reconnaissance qu’auprès des amateurs “pointus” pour qui elle constitue une sorte de trésor caché du Rhône nord… Sa passion, Pierre Benetière la met tout entière dans le travail de son micro vignoble et la production de vins de caractère, à son image de vigneron-paysan un peu bourru.
Situation rare en Côte-Rôtie ou à Condrieu, Pierre Benetière n’a pas hérité d’un vignoble familial. Ses parents travaillaient certes dans le vin – ils en vendaient aux restaurants et bars de la région – mais Pierre a constitué son vignoble ex-nihilo à la fin des années quatre-vingt en achetant une petite parcelle au sud de l’appellation Côte-Rôtie, au lieu-dit Cordeloux qui jouxte l’appellation Condrieu. Une parcelle qu’il a aussitôt replantée, ce qui explique que son vignoble soit encore relativement jeune. Par la suite il a acquis quelques parcelles de Condrieu et quelques rangs de vignes en Côte Brune situées au beau milieu du vignoble emblématique de La Turque de la maison Guigal.
Pierre Benetière pratique un travail manuel de ses sols et n’utilise aucun désherbant, et il est en bio non certifié depuis 2003. Il produit aujourd’hui trois ou quatre cuvées – selon les millésimes –, deux en Condrieu et une ou deux en Côte-Rôtie. Son Condrieu provient d’un vignoble de 1,5 ha cultivé en terrasses juste au-dessus de Château Grillet et il produit également une micro cuvée sur 0,2 ha à Riollement (cuvée Riollement). En Côte-Rôtie, sa cuvée Cordeloux provient de la parcelle portant le même nom et, les meilleures années, il isole les fameuses vieilles vignes de “La Kurde” (comme il surnomme humoristiquement ces vignes encerclées par celles de La Turque !) dans une cuvée plus sérieusement baptisée Dolium.
Dans son travail du vin, Pierre Bentière est un vrai traditionnaliste, proche de glorieux anciens comme Gentaz-Dervieux, Verset ou Marcel Juge. Pas d’égrappage, levures indigènes, peu de remontages ou de délestages, élevage de 18 à 22 mois en barriques (bois neuf limité à 15 %), mise en bouteille sans collage ni filtration. Ses blancs sont pressés puis vinifiés en barriques de 400 litres (la grande majorité non neuves) et élevés 11 mois avant la mise en bouteille.
Au final, des vins à la fois très classiques mais offrant un naturel d’expression rare, que ce soit en Condrieu ou surtout en Côte-Rôtie, appellations qui ne brillent en général pas par cette caractéristique… Ils se distinguent la plupart du temps par une intensité aromatique très pure soutenue par une structure fine, à la puissance réelle mais discrète, avec une tension subtilement intégrée. Des vins malheureusement rares (800 caisses seulement produites chaque année en moyenne) mais qui doivent être recherchés par tous ceux qui sont aujourd’hui déçus par la production actuelle de ces deux belles appellations du Rhône septentrional.