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06 octobre 2015 Rencontres > Portraits

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Benoit Courault

R&B N°114 – Automne 2014


Installé depuis huit années en Anjou, Benoît Courault a quitté son statut de petit jeune qui monte pour celui de vigneron incontournable. Ses vins – notamment son grolleau – nous ont marqués par leur caractère aérien et particulièrement affriolant.

Benoît Courault, vigneron épicurien
Originaire de Noyant dans le Maine-et-Loire, Benoît s’oriente dès l’adolescence vers le monde du vin. Un premier temps en sommellerie avant de réaliser qu’il préférait manipuler son propre vin plutôt que celui des autres. Il suit une formation viticole à Beaune et découvre les vins de Dominique Derain et d’Yvon Métras, des jus qu’il trouve éminemment plus complexes et digestes que ce qu’il a pu goûter auparavant. Il fait un détour de 3 ans chez Éric Pfifferling à Tavel avant de revenir sur ses terres, où il se met en quête de quelques parcelles. C’est chose faite en 2006 avec le rachat d’une vieille ferme à Faye-d’Anjou et de ses 7 ha de vignes. La vie peut commencer…
L’état des vignes n’est pas des meilleurs, « Ii y avait des chênes verts, des églantiers en plein milieu des rangs ! » Outre les manquants, le sol est éteint, appauvri par trop d’années de traitements chimiques. Benoît s’attèle à le faire revivre en usant des méthodes biodynamiques et en complantant les parcelles avec de vieilles sélections massales. Il se sépare de 2 ha qu’il estime peu afin de ne pas se disperser et de garder la main sur l’ensemble de ses cépages : chenin, cabernet franc, grolleau, cabernet sauvignon et depuis peu quelques pieds de pineau d’Aunis. Et un sixième tout prochainement s’il réalise un souhait qui lui est cher, planter du pinot noir sur schiste !
En cave, les raisins sont vinifiés sans intrants excepté 1 g/hl de soufre à la mise afin d’éviter les retours de palette intempestifs. Il n’y a guère besoin de plus, le tri à la vigne est drastique, les rendements atteignant rarement les 20 hl/ha. Les jus sont extraits sur pressoir vertical, ce qui lui permet de ne pas débourber ses blancs. Les rouges macèrent en grappes entières et ne dépassent pas la dizaine de jours, ce qui leur confère de la finesse sans pour autant manquer de chair, et les jus ne sont jamais filtrés. Le vigneron avoue avoir beaucoup travaillé sur les rouges car « les terroirs ne s’y prêtent pas aussi facilement que pour les blancs ». Effectivement, ils n’ont aujourd’hui plus rien à envier à ses cuvées de chenin.
Benoît Courault est de ces angevins méticuleux et passionnés à l’image de Stéphane Bernaudeau ou Richard Leroy, ces vignerons qui se remettent continuellement en question malgré la maîtrise technique considérable qui émane de leurs discours. Ils dégustent des vins de tous horizons pour resituer leur travail et avancer dans une direction qu’ils jugent être la meilleure.
Le vin ne représente qu’une facette du mode de vie de ces épicuriens. On le comprend en arpentant la petite ferme des Courault où, entre le bois et les vignes, se côtoient chevaux, poules, chèvres et moutons, où le fils, Alphonse 6 ans, se délecte des fruits et légumes du jardin, « à terme, l’idée est de faire de la polyculture ». On échange autant sur le vin que sur les bons produits ou les belles tables. Et si vous le branchez sur Jimi Hendrix ou Neil Young, vous pourriez bien repartir avec des mélodies plein la tête… sans peut-être même avoir songé à déguster !