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08 avril 2016 Rencontres > Portraits

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Damien Bonnet

R&B N°120 – Printemps 2016


À l’instar de Jérôme Galaup (R&B n° 118), Gaillacois comme lui, Damien Bonnet fait partie de la jeune génération de vignerons trentenaires dont l’avenir semble tout tracé. Ambitieux, talentueux, la tête sur les épaules, il réalise, dans son domaine de Brin, des cuvées qui révèlent l’authenticité du terroir et un savoir-faire parfaitement maîtrisé.

Damien Bonnet, l’exigence au service de la passion
Oui, Damien, il y a bien une histoire sur toi. Ton entrée en viticulture débute en 2008, lorsque tu reprends six hectares du domaine familial, puis, trois ans plus tard, les six autres, en décidant d’emblée de produire du vin “bio”. Auparavant, tu as obtenu un BTS viti-œno. Au cours de ton cursus, avec Sylvain Fadat, au domaine d’Aupilhac, tu a mis en pratique les techniques de vinification, puisque Jean-François, ton père, apportait ses raisins à la cave coopérative. On sait que la transition générationnelle s’est déroulée en pleine confiance. Tes neuf hectares de vignes en production se situent à Castanet et à Villeneuve-sur-Vère, sur un plateau argilo-calcaire exposé au sud, à 290 m d’altitude, bordé de feuillus. Le premier rang reste enherbé (luzerne sauvage, plantain lancéolé et autre géranium bec-de-cigogne), sauf sous les ceps (passage de l’inter-ceps), avec des tontes alternées, car « l’herbe, c’est la vie ! » ; le second est travaillé au cultivateur avant l’été et après les vendanges. Les sols sont aérés, drainants et vivants (vers de terre en abondance). Soufre et cuivre sont pulvérisés avec parcimonie contre les attaques de mildiou et d’oïdium. La cueillette des raisins - une douzaine de vendangeurs – dure dix jours, mais s’étale sur un mois pour respecter les maturités. Le vent d’autan, qui s’engouffre dans l’ouverture de la porte de ton chai de vinification, favorise les fermentations. Le soufre est utilisé à dose homéopathique au moment de l’encuvage et de la mise en bouteilles. Il est vrai, Damien, que tu as abandonné le bâtonnage et diminué drastiquement la fréquence des remontages. Les élevages se déroulent dans différents contenants : barriques anciennes de 225 l, fûts de deux ans de 500 l, cuves (inox, béton, fibre de verre) et amphores de 150 l depuis 2014 pour une cuvée de rouge. La porosité de ces dernières permet une oxygénation sans l’inconvénient du bois. On se doute que ton métier de vigneron te met souvent une pression que, paradoxalement, tu recherches. Le bricolage, mais surtout les vacances en famille t’aident à l’évacuer, lorsqu’elle devient trop imposante et qu’elle altère ton regard bleuté, hérité de tes parents, en particulier de ta maman d’origine polonaise. Tes vins (encadré page 47) sont à ton image, loquaces et terriens, avec du tempérament. « Le vin, ce ne sont que des équilibres. Quand on a compris comment tout cela fonctionne, on n’a pas besoin d’utiliser toutes les pratiques œnologiques étudiées ! » expliques-tu avec volubilité. Tu vois, Damien, on sait presque tout de toi, d’autant que tu répètes à l’envi vouloir conserver le patrimoine familial et privilégier les cépages autochtones du Gaillacois. Tous tes projets - passage en biodynamie, surgreffage de mauzac noir sur tes merlots, essai de taille Guyot-Poussard (1), plantation à partir de racinaires, production de bulles issues des mauzacs roses récemment plantés - seront concrétisés à court ou à moyen terme, avec le soutien de Cathy, ton épouse, chargée de la partie administrative. Ton domaine bénéficiera alors d’un supplément d’âme, d’un comment dire, d’un petit… brin de folie !

(1) Méthode visant à respecter les flux de sève, freinant ainsi les maladies du bois, en particulier l’esca.

Jean-Marc Gatteron