Livres et Publications

Terroirs viticoles du Jura

Un ouvrage de référence écrit par Michel Campy
Un ouvrage de référence écrit par Michel Campy

Issu d'une famille de vignerons jurassiens, Michel Campy a enseigné à l'université de Besançon de 1971 à 1985 puis à celle de Dijon de 1985 à 2001. Intéressé par la relation entre les sols viticoles et les vins, il développe des recherches sur les terroirs en Bourgogne et dans le Jura. Auteur d'une centaine de publications scientifiques, il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation sur la géologie.

R&B Cher Monsieur Campy, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Ce livre est un ouvrage de référence pour les amoureux du Jura. Selon vous, à qui s’adresse-t-il en priorité ?

Michel Campy : Tout d’abord aux vignerons, avec qui j’ai de nombreux contacts, et c’est dans leurs parcelles de vignes que l’on a pu réaliser ces excavations ou sondages afin d’en découvrir les sols. Et puis aux amateurs, curieux de connaissance des terroirs qui s’interrogent sur d’où viennent les vins. Enfin aux professionnels et aux adeptes de l’oenotourisme, pour tenter de répondre à leurs questions sur la provenance des produits, c’est un public plus large.

R&B Quel a été le tirage de l’ouvrage ?

MC : 1500 exemplaires imprimés fin 2017, dont 800 sont déjà vendus

R&B Pouvez-vous nous le présenter en quelques mots ?

MC : Certainement. Le livre s’organise en deux parties principales.

Dans la première, on trouvera une présentation du terroir Jurassien. J’explique comment il s’est formé, et vous savez, ce n’est pas quelque chose d’immédiat, il faut des milliers d’années pour structurer une belle terre à vins. C’est un patrimoine, au sens de quelque chose dont on doit prendre soin, et qui doit se transmettre. Ces côteaux viticoles viennent de loin, cela conduit à un certain respect, ils se doivent d’être préservés.

J’aborde notamment l’Histoire géologique, comment ce terroir s’est formé, comment les terrains se sont déposés au plus profond des mers ; il y a eu une accumulation de sédiments, au cours du Trias et du Jurassique, il y a environ 100 millions d’années. Puis ces mers se sont retirées, et cela explique pourquoi les marnes sont prédominantes. Ce sont des roches, entendez des formations géologiques, avec une plasticité, une capacité de rétention d’eau, une facilité de pénétration par le réseau racinaire, et 90% des terroirs viticoles du Jura sont composés des marnes (de couleurs variables, rouges, noires, grises, selon les lieux où elles se sont déposées). Ces marnes ont structuré la région viticole que nous connaissons.

Ensuite, les mouvements tectoniques les ont mis à l’affleurement, c’est-à-dire en surface. Puis exposées aux intempéries, leur surface s’est transformée en le sol viticole proprement dit. Ces sols diffèrent par leur nature, leur porosité, leur profondeur ; ils constituent la formation superficielle proprement dite, dans laquelle s’implante le réseau racinaire.

Chacun des cépages jurassiens présente des préférences aux différents types de sols. Le Trousseau par exemple a besoin d’un sol léger, pierreux. Le Savagnin lui au contraire a besoin de sols lourds, c’est un cépage primitif, sauvage, et le Savagnin peut installer son réseau racinaire dans des sols difficilement impénétrables ; cela est sans doute dû à son patrimoine génétique archaïque. Le Poulsard quant à lui s’exprime bien sur marnes, du Trias. Le Chardonnay s’adapte à tous les sols, mais ses qualités aromatiques différent selon le sol où il est planté. Lorsqu’il est sur des sols assez lourds comme ceux du Savagnin il est très minéral, la fermentation malolactique est tardive et il met du temps à se faire. En revanche, lorsqu’il est sur des terrains légers (éboulis) il se fait très vite et acquière des arômes fruités très rapidement. Finalement le pinot noir qui est le seul cépage qui n’est pas d’origine Jurassienne, a les mêmes exigences que le Trousseau.

On voit donc le bénéfice que les vignerons eux-mêmes peuvent retirer de cette lecture. Dans mon hypothèse, 30% des vignerons seulement savent utiliser ces couples cépages – sols et à en tirer partie de manière véritablement pertinente.

R&B Ensuite dans une seconde partie, vous abordez une cartographie plus précise et un inventaire détaillé des 8 principales régions viticoles du Jura.

MC : Exactement. Je les passe en revue, commune par commune, mais seulement celles qui ont plus de 2 hectares de vignes, en décrivant leurs terroirs. On voyage donc du Nord au Sud, de la zone autour de Champagne/s/Loue au Revermont. Chaque commune est détaillée avec des coupes géologiques et des explications sur les types de sols rencontrés.

R&B Dans la section consacrée à Château-Chalon, on est surpris d’apprendre que les sols que l’on pensait uniformes (Marnes du Lias) présentent quand même des différences.

MC : Tout à fait, des dégustations parcellaires pourraient présenter des différences et de la pertinence. On pourrait distinguer différents types de sols, avec le Savagnin. Mais le vin jaune est plus un produit de vinification qu’un produit de terroir, le terroir s’est un peu fait oublier dans le processus. Ces arômes d’éthanal sont essentiellement des arômes de vinification. Aujourd’hui l’ouillage se généralise et je crois que c’est une bonne chose. Les sociétés de viticulture n’ont pas toujours une véritable orientation de recherche. Alors Il faudrait faire des dégustations comparatives pour lever un coin du voile. La dégustation néanmoins devrait se faire au stade Savagnin, après 2 ou 3 ans maximum, car ensuite les caractéristiques du terroir s’éloignent avec la durée sous voile.

R&B Même si ce n’est pas l’objet du livre, on a envie de vous demander si d’après vous le Jura sera impacté par le réchauffement du climat, et si ce couple cépage-terroir va être amené à évoluer.

MC : Je ne suis pas trop inquiet sur le sujet. Le réchauffement climatique est palpable dans le Jura, bien entendu on le remarque aux dates de vendanges de plus en plus précoces, mais il est progressif. On avait coutume de dire que le Jura donnait en moyenne 3 années de soleil tous les 10 ans, cette occurrence va peut-être augmenter, avec des vins de 13/14 voire 15 degrés potentiels. Le climat n’est finalement qu’un des facteurs parmi d’autres (géologie, hydrologie, vent…), le reste des critères sera probablement intact. Je ne pense pas que Syrah, Grenache, Mourvèdre aient beaucoup d’avenir ici pour le moment, les couples cépages-terroirs se sont constitués dans l’histoire et restent un caractère structurant solides des vins du Jura.

Données pratiques, comment se le procurer

Ouvrage édité par Mêta Jura, 65 chemin de Mancy, F – 39000 LONS-LE-SAUNIER

 tél. 03 84 47 32 39 – Emai : metajura@laposte.net

Prix :  35€ + 5€ de port