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Viticulture

José Vouillamoz, détective ès cépages

José Vouillamoz est né à Saillon en Valais, le plus grand canton viticole de Suisse. Il étudie la biologie à l’Université de Lausanne avant de se consacrer à la génétique des cépages. Ses recherches sur l’ADN des cépages sont actuellement menées à l’Université de Neuchâtel et ont jusqu’ici été financées, après acceptation des projets, par la Confédération helvétique. Il est aujourd’hui l’une des références mondiales en matière de génétique des cépages et d’ampélographie. Les conférences qu’il anime avec brio et passion sont courues en Europe.

R&B Quel est votre statut exact ? Chercheur, ampélographe ?

Plutôt ampélologue, du grec ampelos, vigne et logos, étude. L’ampélographe (du grec graphein, dé- crire) s’attache à décrire la morphologie des cépages, tandis que je me « contente » de les étudier sous leurs aspects génétiques et historiques. Mais je suis avant tout biologiste. Mon titre officiel est docteur ès sciences puisque j’ai obtenu mon doctorat en 2001.

R&B Vos études supérieures portaient sur quelle discipline ?

J’ai étudié la systématique moléculaire. C’est la branche de la biologie qui classifie les espèces végétales et animales à travers la comparaison de leur ADN. Mes recherches ont porté sur le genre Onosma, une plante de la famille de la vipérine et de la bourrache.

R&B Comment vous est venue cette passion du vin ?

Dans le Valais viticole, on apprenait quasiment à l’école que les meilleurs vins du monde étaient valaisans. Il y avait un patriotisme tel que même ceux qui n’avaient pas goûté d’autres vins étaient persuadés que le Valais produisait les meilleurs vins du monde. Vers 23 ou 24 ans, j’ai voulu m’ouvrir aux autres vins. J’ai d’abord lu, comme beaucoup, l’ouvrage d’Hugh Johnson,L’Atlas Mondial du Vin, pour essayer de comprendre la complexité des appella- tions et des terroirs. J’ai énormément dégusté. J’organisais des dégustations privées avec des amis. Je me suis inscrit à plusieurs clubs de dégustation et j’ai fini par rejoindre un groupe d’amis dans la gestion d’un club d’amateurs nommé Dionysos et basé à Martigny en Valais, avec lequel j’ai encore aujourd’hui le plaisir de mettre sur pied et de commenter des soirées thématiques les plus diverses. Par exemple, une récente dégustation de vins européens issus de vignes préphylloxériques a suscité l’enthousiasme de tous les participants.

R&B Quid des cépages ?

Souhaitant combiner mes compétences professionnelles et ma passion du vin, j’ai effectué mon post-doctorat durant une année à l’Université de Californie à Davis (USA), dans le laboratoire de la professeur Carole Meredith, célèbre pour avoir découvert avec son doctorant John Bowers, en 1997, la parenté insoupçonnée du Cabernet Sauvignon1 : il est issu d’un croisement naturel entre le Cabernet Franc et le Sauvignon Blanc. Pour mon post-doctorat, j’y ai emmené sous le bras tous les cépages valaisans ainsi que de nombreux cépages des pays limitrophes. L’analyse d’environ une centaine de cépages m’a permis d’y découvrir de manière inattendue les parents du Rouge du Pays, appelé plus communément Cornalin en Valais, et ceux du Lafnetscha, une curiosité du Haut-Valais germanophone.