Sauvons le vin bio !
Un vent de panique souffle sur le vignoble bio tricolore. L’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Alimentaire) vient de refuser la moitié des autorisations de produits à base de cuivre, réduisant drastiquement l’arsenal des vignerons bio et imposant des contraintes toujours plus strictes : des doses et des fréquences de traitement réduites, des zones non traitées élargies à cinquante mètres, des interdictions pendant la floraison… Les restrictions pleuvent, mais aucune alternative crédible n’est proposée. Par ailleurs, les professionnels dénoncent un manque criant de transparence de l’ANSES sur les critères d’évaluation des produits, et des dossiers rejetés pour des motifs flous. Cette décision sonne comme un coup de massue pour des vignerons en première ligne face au changement climatique.
L’ANSES justifie ces mesures par la toxicité du cuivre (accumulation dans les sols, risques pour la biodiversité). Pourtant, ces décisions s’appuient sur des études scientifiques dont certaines limites méthodologiques ont été reconnues par l’INRAE lui-même, auteur des recherches sur l’écotoxicité du cuivre (Ecotox). Les tests de toxicité sont souvent réalisés en laboratoire, sur des sols artificiels et avec des espèces modèles, qui ne reflètent en rien la complexité des écosystèmes viticoles réels. Surtout, ces études se focalisent sur les concentrations élevées en cuivre utilisées par le passé, alors que les doses réellement utilisées dans les vignobles et leurs effets à long terme restent largement méconnus.
Par ailleurs, comme le reconnait un rapport commandité par l’ANSES et rendu public l’été dernier, aucune alternative viable n’existe aujourd’hui pour la viticulture bio. Les cépages résistants peinent à s’imposer, le biocontrôle reste inefficace en cas de forte pression de mildiou, et les méthodes physiques (comme le Vititunnel) sont trop coûteuses. Autre motif d’exaspération pour les vignerons français : l’asymétrie avec le reste du vignoble européen. En Italie, par exemple, des formulations de cuivre refusées en France restent autorisées, créant une distorsion de concurrence qui pénalise les vignerons hexagonaux.
Face à cette impasse, certains pays (comme l’Alle magne) poussent pour autoriser les phosphonates de potassium. Présentés comme une alternative au cuivre, ces composés soulèvent pourtant de sérieuses inquiétudes. D’abord, parce qu’ils sont synthétiques, ce qui les rend incompatibles avec l’esprit même de l’agriculture biologique. Ensuite, parce que leurs résidus similaires à ceux des fongicides conventionnels, posent un problème majeur de traçabilité et de crédibilité pour le label bio. De plus, leur utilisation laisserait dans le vin des résidus jusqu’à 2000 fois supérieurs aux normes les plus strictes (EGTOP, IFOAM1). Enfin, leur efficacité reste limitée, surtout en cas de forte pression de mildiou, et nécessite souvent un complément de cuivre ce qui les rend peu fiables comme substitut. En l’état, les vignerons français se retrouvent dans une impasse.
Au-delà de l’impact à court et moyen terme pour la viabilité de leur domaine se pose donc également la question de la dérive que représenterait la recherche d’alternative du côté des phosphonates. Une fois cette brèche ouverte, où s’arrêterait-on ? Le risque est grand de voir le label bio se vider de sa substance, perdant la confiance des consommateurs qui en font aujourd’hui un gage de qualité et d’absence de produits de synthèse.
EGTOP, groupe d’experts européens donnant des avis techniques sur la production biologique. IFOAM, Fédération Internationale des mouvements d’agriculture biologique.