LeRouge&leBlanc n°126

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La revue

N° 126
15 €
13 €

Côte-de-Brouilly, Au dessus du volcan, (Beaujolais)

Côte-de-Brouilly, Au dessus du volcan, (Beaujolais)

Rully, L’atout prix (Bourgogne, Côte Chalonnaise)

Leclerc-Briant, (Champagne)

Marcillac, Terre de fer (Sud-ouest)

Entretien : François Dal (Viticulture, taille Poussard)

Portrait : Nicolas Carmarans (Marcillac, Sud-Ouest)

  • Azienda Agricola (Italie,  Val d’Aoste)
  • Domaine Valentina Andrei (Suisse, Valais)
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Extrait de la revue

Flavescence dorée, le phylloxéra du XXIe siècle ?

La flavescence dorée est certainement le plus grave fléau viticole depuis le phylloxéra. Elle provoque une baisse de la vitalité de la plante, pouvant aller jusqu’à la mort du cep, en perturbant la photosynthèse et le transport des nutriments. Rien ne semble arrêter sa propagation, ni les traitements insecticides intensifs, ni l’arrachage des vignes malades ou susceptibles d’être infectées, ni le traitement à l’eau chaude des plants de pépinière. En quelques décennies, elle est passée d’un cas isolé dans l’Armagnac à plus de la moitié des surfaces viticoles françaises et elle poursuit sa colonisation vers d’autres pays européens (Suisse, Italie, Espagne, Autriche, Hongrie, ...). La maladie est le résultat de l’association d’un phytoplasme[1], d’origine européenne et présent sur certaines plantes comme l’aulne, et d’un insecte vecteur, d’origine américaine, la cicadelle Scaphoideus titanus, qui l’a transmise à la vigne.

Les viticulteurs et les pépiniéristes se renvoient la balle sur leur possible responsabilité dans l’expansion de l’épidémie. Les premiers accusent les seconds d’avoir commercialisé des plants contaminés. Les pépiniéristes, de leur côté, pointent du doigt le laxisme dont auraient fait preuve certains vignerons, en particulier bio, dans la lutte contre l’insecte. Il est clair que la circulation de plants infestés a joué un rôle prépondérant dans le développement de la maladie sur de longues distances. Car la cicadelle ne s’éloigne pas naturellement au-delà de 25-30 m de la source de son alimentation. Ne pas traiter a pu aussi faciliter une augmentation des populations. 

Néanmoins, ces données ne suffisent pas à expliquer pourquoi la cicadelle a trouvé un terrain si favorable à son expansion en Europe, alors qu’en Amérique du Nord, sa terre d’origine, les populations sont nettement inférieures. Autre singularité américaine, elle est quasiment absente du vignoble ; elle lui préfère les plantes et les vignes sauvages. Pourquoi ces différences ? Faible présence ou absence de prédateurs naturels en Europe ? Apparemment oui. Un nombre plus réduit de plantes sauvages pouvant lui servir d’hôtes et qui sont peut-être déjà colonisées par d’autres insectes créant une forte concurrence ? Possible. Ces facteurs l’ont, sans doute, conduite à se focaliser sur les parcelles cultivées. Alors que faire pour enrayer cette pandémie ? Continuer une politique de lutte qui a montré son inefficacité et qui suscite de nombreuses tensions au sein du vignoble ne semble pas être la solution. 

Malgré une situation critique, peu d’études sont menées sur le sujet. Elles sont principalement centrées sur le vecteur et sur les alternatives aux traitements de synthèse polluants. Presque rien sur les interactions entre le phytoplasme et la vigne ou sur une possible tolérance de la maladie. Et pourtant, Antoine Caudwell[2], ancien chercheur à l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) qui a travaillé pendant plus de quarante ans sur la flavescence dorée, a observé, dès les années 1960, des cas de rétablissement spontané de la vigne. L’Italie qui, malgré l’obligation d’arrachage des ceps atteints, mène des expérimentations sur la relation entre la vigne et le parasite, a non seulement confirmé la capacité de rétablissement de certains plants, mais également montré que ceux-ci ne représenteraient plus une source de propagation de la maladie. Ce constat a eu pour conséquence de réorienter les stratégies de la lutte, de remettre en cause l’arrachage et de multiplier les recherches sur les capacités de tolérance du phytoplasme par la plante.

En France, après des années de négation d’une possible résistance de la vigne, sans y avoir travaillé, et de l’oubli des travaux d’Antoine Caudwell, l’INRA de Bordeaux a enfin initié un programme de recherches sur les résistances naturelles de la plante au phytoplasme et à son vecteur en serre de haut confinement. Ces études semblent indispensables, car comme le souligne François Dal, dans l’entretien qu’il nous a accordé (page 42), pour comprendre une pathologie il faut se confronter à la maladie. Espérons seulement que les années perdues à cause de l’obligation d’arrachage, y compris dans le cadre de recherches, n’aggraveront pas l’extension de la flavescence dorée. Car entre-temps deux nouveaux insectes vecteurs - les cicadelles Orientus ishidade et Allygus - qui ingèrent le parasite dans des foyers de plantes sauvages (aulnes et clématites), et une nouvelle souche de phytoplasme transmissible à la vigne sont apparus. Plusieurs cas isolés ont été découverts en Bourgogne. Qui sera le plus rapide : la recherche ou la flavescence dorée ? n

SONIA LOPEZ-CALLEJA

(1) Bactérie sans paroi cellulaire, cette caractéristique rend impossible leur culture in vitro.

(2) Il est reconnu comme le spécialiste mondial de cette maladie, le phytoplasme de la flavescence dorée porte d’ailleurs son nom : phytoplasma caudwelli. La résistance acquise par le végétal a fait l’objet de sa thèse soutenue en 1965.