LeRouge&leBlanc n°130

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La revue

N° 130
15 €
13 €

Minervois, une appellation à deux vitesses

Minervois, Une appellation à deux vitesses (Languedoc)

Savennières, Un grand cru de chenin (Loire)

Les Vins Pirouette (Alsace)

Entretien Jacques Puffeney (Jura)

Portrait : Jean-Baptiste Senat (Minervois, Languedoc)

  • Clos Maïa (Terrasses-du-Larzac, Languedoc)
  • Domaine Denis Tardieu (Côtes-du-Rhône)
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Extrait de la revue

Vous avez dit “petites” appellations ?

Plaire à tous les lecteurs ? Tâche impossible. Tous les rédacteurs de livres ou de revues le savent. Ceux de LeRouge&leBlanc comme les autres.

Nous avons ainsi récemment reçu une lettre d’un abonné nous reprochant de trop nous intéresser à ce qu’il appelait « les petites appellations françaises » et de ne pas assez consacrer de pages aux “grandes” A.O.C. Sur le coup, cette opinion isolée ne nous a pas spécialement fait réagir, et puis, à la réflexion, nous avons dû reconnaître qu’elle était justifiée… et nous la prenons comme un compliment.

Pour trois raisons.

La première est qu’il nous paraît utile, voire nécessaire, que certaines appellations ne soient pas oubliées, faute d’avoir eu droit à une forte médiatisation. Nous sommes donc fiers d’avoir consacré de nombreuses pages à Marcillac, à Madiran, aux aligotés de Bourgogne, aux Coteaux-Champenois, à Anjou-Coteaux-de-la-Loire, aux jeunes de Savoie, à Fronton ou à Cerdon, pour ne citer que les numéros des années les plus récentes. Nous sommes les seuls à le faire à cette échelle, permettant ainsi à nos lecteurs de sortir des sentiers battus et de découvrir des cépages, des terroirs et des vignerons souvent différents de ceux mentionnés dans les parutions ou les guides plus “classiques”.

La deuxième explication tient à la notion même de “petite” appellation. Quelles pourraient être les causes qui relègueraient une A.O.C. en deuxième division ? Un terroir peu intéressant ? Un cépage réputé pour sa modestie ? Pourquoi pas. Mais on peut craindre qu’en réalité, le critère de prix de vente des bouteilles, la plupart du temps, détermine aux yeux des amateurs la hiérarchie qualitative des appellations. Et on entre alors dans un autre débat… Les dégustateurs de notre comité de rédaction ont, comme bien d’autres, une solide expérience de la dégustation. Or, si nous classons nos séances en fonction du plaisir pris à goûter des dizaines de bouteilles, nous constatons que la hiérarchie théorique (et donc essentiellement économique) ne recoupe pas souvent nos sensations de plaisir. Nous avons beaucoup plus “souffert” en dégustant des séries de cuvées du Médoc qu’en goûtant soixante-dix échantillons de rouges de Bandol. Ce ne sera sans doute pas une révélation pour vous, mais nos expériences nous font dire avec certitude que la qualité réelle de certains vignerons est finalement bien plus importante que la qualité supposée d’une appellation. Une fois de plus, les garanties qu’une A.O.C. devrait apporter ne sont pas suffisantes. Et quel amateur passionné ne s’est jamais amusé à comparer à l’aveugle avec ses amis une bouteille prestigieuse et une cuvée bien plus modeste pour finalement constater que cette dernière emportait la majorité des suffrages ?

Enfin, la troisième raison de se pencher en priorité sur les “petites” appellations est tout simplement qu’avant de devenir “grandes”, la plupart des A.O.C. ont été “petites”. Quels amateurs s’intéressaient sérieusement aux vins du Languedoc ou du Roussillon, il y a trente ans. Ou aux cuvées du Jura ? Qui aurait pu penser en 1980 que les vins de certains vignerons de ces régions allaient se vendre entre 50 et 100 euros (et parfois beaucoup plus sur le marché “gris” de revente) en 2018 ? Bien entendu, toutes les appellations peu médiatisées ne vont pas connaître le même succès. Mais méfiance tout de même. Face à l’envolée des prix des bouteilles les plus connues, particulièrement à Bordeaux ou en Bourgogne, les amateurs sont amenés à se tourner vers des régions et des appellations moins “prestigieuses” aujourd’hui. Dont certaines deviendront peut-être les valeurs sûres de demain… Et ces amateurs sont bien contents que certains défrichent une partie du terrain avant eux. Ce qui ne nous a jamais empêché de nous pencher régulièrement aussi sur des A.O.C. renommées.

Nous sommes donc désolés de décevoir notre lecteur, mais, vous l’avez compris, LeRouge&leBlanc n’a pas fini de consacrer de nombreuses pages aux “petites” appellations ! Et même dès ce numéro : ni Savennières, ni le Minervois ne figurent sans doute parmi les appellations les plus connues de France. Et pourtant…

PHILIPPE BARRET