LeRouge&leBlanc n°160

La revue

N° 160
18 €
13 €

Mongueux, un champagne singulier

Mongueux, la craie dans l'Aube

Finesse rime-t-elle avec jeunesse à Châteauneuf ?

Journal de vignes : En équipe

A la rencontre d'Olivier Jullien

Entretien avec Jean-Marc Touzard, comment la vigne et le vin peuvent-ils survivre au climat ?

  • Domaine La Maison des Saules
  • Domaine Le Pré Vert
52 pages
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Extrait de la revue

En décembre dernier, à l’occasion de la Fête des vins de Bandol, nous avons eu l’occasion de déguster près d’une centaine d’échantillons de rouges de cette appellation provençale réputée. Comme lors de notre dernier article concernant cette AOP (R&B n°127), nous avons apprécié l’homogénéité qualitative de ces bouteilles, malgré une présence boisée presque toujours un peu marquée, évocatrice d’un style de rouge “à l’ancienne”.

Or, connue pour être une des AOC françaises les plus exigeantes, Bandol s’est dotée à sa naissance d’un cahier des charges très strict, rendant par exemple obligatoire l’élevage de 18 mois dans du bois. Et ce choix, qui lui a permis initialement d’apparaître comme une appellation très qualitative, pourrait constituer un handicap aujourd’hui.

Préoccupés par ce constat, les vignerons de Bandol n’éludent pas la question : il y a cinq ans ils ont même entrepris une démarche auprès de l’Inao pour modifier les règles d’élevage des rouges. Sa durée resterait fixée à dix-huit mois, mais une diversification des contenants serait possible : un an minimum en bois pouvant être complété par quelques mois en cuves, voire en amphores. On aurait même pu à notre avis aller plus loin en définissant une durée minimum d’élevage (nécessaire pour le mourvèdre), tout en laissant une liberté totale sur les contenants comme cela se pratique dans la quasi-totalité des appellations sudistes. Mais du rêve à la réalité, le chemin est long, surtout lorsqu’on connaît la lenteur des procédures de l’Inao : la moindre modification d’un cahier des charges est rarement validée (ou rejetée) avant dix ans d’études et de navettes entre le vignoble et les bureaux de l’institution, même si les délais semblent se raccourcir depuis peu… Une rigidité en décalage avec la crise actuelle qui nécessite souplesse et décisions rapides pour s’adapter à un marché en recherche de vins rouges plus faciles à boire.

Cette rigidité se retrouve également dans les décisions concernant de possibles évolutions d’encépagement. Aujourd’hui, quand les dérèglements climatiques produisent de graves effets sur la vigne et les vinifications (voir notre entretien p. 41), il faudrait, là aussi, montrer de la souplesse pour faire évoluer rapidement les encépagements et leurs parts dans les assemblages. L’exemple des appellations du sud du Rhône ou du Languedoc est révélateur. Ces dernières se fondent sur une philosophie d’assemblage de cépages, pourquoi pas. Le problème se situe dans les pourcentages très réglementés des surfaces plantées pour chacune des appellations. Ces contraintes ont souvent été inspirées par les vignerons eux-mêmes en d’autres époques pour répondre aux problèmes du moment (manque de couleur et de degrés par exemple), définissant du même coup des typicités factices comme celle de la syrah dans les vins du Sud.

Un peu comme si on autorisait un maraîcher à exercer son métier à la seule condition de produire 20% de pommes de terre, 5% de carottes, 15% de tomates, etc. Ridicule… L’élaboration d’un vin devrait tout simplement reposer sur une palette de cépages autorisés dans chaque appellation et libres d’emploi comme à Châteauneuf-du-Pape. Le vigneron garderait ainsi le choix de proposer à ses clients des assemblages ou des cuvées d’un seul cépage correspondant à l’idée qu’il se fait de son vin. Si son 100% counoise ne trouvait pas de clients, il en serait alors le seul responsable. Une fois de plus l’Inao risque de tergiverser durant de nombreuses années avant d’autoriser une modification ou l’introduction d’un nouveau cépage. Et cette lenteur pourrait mettre en danger de nombreux vignerons et appellations.

Il ne faudra donc pas s’étonner si, dans les années à venir, de plus en plus de domaines prennent la voie des IGP régionales ou du label Vin de France qui leur laissent beaucoup plus de liberté.