LeRouge&leBlanc n°161

La revue

N° 161
18 €
13 €

Le vin jaune se dévoile

Le vin jaune de dévoile 

Jasnières et Coteaux-du-Loir : Vraies ou fausses jumelles ?

Journal des vignes : Des larmes aux rires

A la rencontre de Chisa Bize, Domaine Simon Bize et fils (Savigny-lès-Baune)

Vins rouges du sud, l'adaptation en action

  • Domaine Le Chamounet (Vin de France)
  • Domaine Jean Tellier (Menetou-Salon)
52 pages
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Extrait de la revue

Le “bio” a-t-il Duplomb dans l’aile ?

«La réalité de ce que demande l’écologie, c’est la fin de l’agriculture française», assène le sénateur Laurent Duplomb, sur France Info le 20 juillet 2025. Et il le répète à loisir à tous les micros qu’on lui tend. À force de l’entendre, on finirait par le croire… L’agriculture française perdrait ainsi sa compétitivité, écrasée qu’elle est sous le poids des réglementations. Si l’on continue, on finira par ne plus rien produire et tout importer. L’avenir de l’agriculture, c’est la déréglementation. La loi Duplomb 2 irait donc dans le bon sens, elle qui réautorise notamment l’acétamipride, un insecticide classé CMR.

“CMR”: savez-vous ce que cela signifie ? Si vous l’ignorez, n’en ayez pas honte puisqu’une étude a montré que seuls 29% des vignerons du Val de Loire pouvaient traduire ce banal acronyme. Et ce n’est pas faute d’y être exposés. Allez, essayez de deviner ce qui se cache derrière ces trois petites lettres… C pour… cancérogène. Oui, bien joué! Le suivant est plus difficile M pour… Mutagène ! Excellent ! Attention, le dernier pour le grand chelem : R… pour Reprotoxique ! Bien sûr ! Ce sigle, c’est le trio gagnant de la viticulture conventionnelle, celui dans lequel on classe les molécules actuellement sur le marché, épandues en plein champ par une agriculture performante, productive, compétitive, raisonnable et responsable. En un mot celle de l’avenir ! L’acétamipride va donc retrouver ses petits copains l’émamectine, le mandipropamide, les triazoles, comme le tébuconazole, le penconazole,... Les noms de ces molécules ne sont peut-être pas très bucoliques mais qu’importe ? Ils sentent bon le progrès, ils nourrissent nos rêves d’une nature enfin vaincue, devenue propre, obéissante et en ordre de marche. Et lorsqu’elle sera complètement épuisée et qu’elle ne répondra plus à nos attentes, il suffira d’aller voir ailleurs. Notre maître à tous, le sulfureux Elon Musk, n’a-t-il pas déclaré que « Toute civilisation qui se respecte devrait avoir au moins deux planètes » ?

Notre pauvre glyphosate a quant à lui subi une rude réglementation, devenant le bouc émissaire des écoterroristes ; il est désormais interdit dans l’inter-rang. Certes, il est toujours autorisé sous le rang, au plus près du cep, mais à des doses ridiculement basses. Il a bien été renforcé par le flumioxazine, mais lui aussi a dû rendre les armes. Est arrivé alors le flazasulfuron. Il marche bien celui-là, il nettoie en profondeur et pour longtemps et il est toujours autorisé… Mais jusqu’à quand ? Espérons que son remplaçant est déjà prêt... Puisqu’on nous demande de laisser de l’herbe dans les parcelles, on est bien obligé de mettre un peu plus d’engrais phosphatés sous la moquette. C’est alors que le cadmium qui s’y trouve subit les ires des écolos hystériques des ministères. Rien ne va plus... Face à la flavescence dorée, heureusement, pas besoin de se fatiguer à nettoyer les rogneuses pour éviter la propagation de la cicadelle qui en est porteuse, puisqu’il est obligatoire de traiter préventivement à l’insecticide dans tout le secteur, comme en Champagne ! Alors on se dit que cet anodin lambda-cyhalothrine, classé CMR, a de beaux jours devant lui… 

Jean-Marie Puzelat du Clos du Tue-Boeuf se souvient du soulagement qu’a été pour ses parents l’arrivée des herbicides. Eux qui avaient pioché tant d’années leurs vignes se voyaient libérés des dures peines du travail de la terre et entrer fièrement dans la modernité. Il se rappelle aussi qu’au moment où les premiers bidons de glyphosate ont été livrés, il y avait une bonne vingtaine de familles d’agriculteurs installées sur le petit village des Montils. Aujourd’hui il n’en reste qu’une, la leur, en “bio” depuis 1996. Puisqu’on vous dit que l’agro-industrie, c’est l’avenir !

LeRouge&leBlanc